Réforme du droit individuel à la formation : les professionnels en langues toujours et encore à la peine…

Il y a une dizaine d’années, la place faite aux langues, dans la mondialisation et l’européanisation, semblait pouvoir, dans tous les dispositifs d’apprentissage et à tous les niveaux éducatifs, tranquillement s’améliorer, et les formateurs en langues croyaient, avec le DIF, pouvoir raisonnablement tirer quelques fruits de leur expertise, et atteindre une certaine reconnaissance dans leur métier…

Mais, c’était, d’une part, sans compter avec la disparition brutal du DIF (et son avatar le DIF portable), puis son remplacement par le CPF qui fonctionne mal, dans un cadre juridique de la formation professionnelle toujours très instable pour lequel on a cru bon, comme le gâteau se rétrécissait avec la crise, de s’enfermer dans des formes de protectionnisme et de corporatisme qui finissent par ne profiter qu’aux « gros ».

Par ailleurs, à l’exception de quelques établissements d’enseignement supérieur, les tarifs auxquels les langues sont rémunérées sont absolument iniques. Certains gros O.F qui travaillent à l’échelle de la France proposent désormais, en ce printemps 2018, à des formateurs en langues diplômés, qualifiés, « datadockés » d’intervenir pour 10€ par heure, du jamais vu !

Par ailleurs, la domination sans partage de l’anglais et de l’espagnol dans le système éducatif entraîne le recul impressionnant des langues allemande, italienne, russe, voire chinoise.

Et certaines Écoles n’hésitent pas à revoir leur dispositif d’apprentissage des langues pour réaliser de savantes économies, au risque de considérer les langues et les formateurs en langues comme une variable d’ajustement ! De plus, les LV2, lorsqu’elles sont convenablement rémunérées, sont souvent encore considérées comme des matières optionnelles ou facultatives d’enseignement.

Les Français, polyglottes ? Il faudra décidément encore attendre longtemps, y compris dans la formation professionnelle où les formations en langues dites « transversales et non obligatoires » subissent un recul très net.

Il en va, dans cette affaire, à terme, de la disparition, des professionnels et indépendants sérieux et compétents en langues étrangères, et en parallèle, du déclin inéluctable des compétences communicatives des salariés français dont tout le monde n’a cure.

Jérôme Barbier, SYCFI Caen et CSFC-UNAPL.